50e anniversaire des expropriations de Mirabel

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Mirabel| Il y a 50 ans demain, des citoyens de Mirabel apprenaient dans le journal qu’ils seraient expropriés de leurs terres pour construire un aéroport, celui de Mirabel annoncé par le père du premier ministre. Plusieurs d’entre eux ont tout perdu, maison, fermes, travail, souvenirs. Des enfants de ces expropriés s’allient aujourd’hui pour demander au premier ministre Trudeau des excuses publiques pour ce qu’ils comparent à la déportation des Acadiens.

Si la majorité des propriétaires terriens de l’époque sont décédés, leurs enfants en gardent de profondes blessures et continuent le combat pour obtenir des excuses officielles d’Ottawa.

Le 27 mars 1969, le gouvernement de Pierre-Eliot Trudeau expropriait à rabais près de 10 000 personnes sur une superficie de 97 000 acres dans un corridor se rendant de St-Anne-des-Plaines à Lachute. Le gouvernement offrait 300$ l’arpen.

Jean Drapeau, maire de Montréal , Pierre Elliott Trudeau, premier ministre du Canada, Jean Marchand, ministre fédéral et Robert Bourassa lors de l’innoguration de l’aéroport de Mirabel. / Photo: courtoisie

Si certains propriétaires ont pu conserver leur maison tout en la louant au gouvernement, d’autres ont dû quitter leur terre et ont vu leur maison se faire détruire.

Perdre sa maison et son travail

Les expropriés comparent d’ailleurs leur sort avec la déportation des acadiens mais sans le sang. Comme la majorité d’entre eux était des agriculteurs, ce n’est pas que leur maison qu’ils perdaient, mais aussi leur gagne pain. Certaines familles ont eu un peu plus de chance en se relocalisant sur d’autres terres.

« Cela a chamboulé  nos vies. On devait déménager dans l’année. Mais papa était agriculteur, il devait se trouver une autre terre, mais Ottawa ne nous avait toujours pas donné l’argent pour en racheter une », explique Ginette Jetté.

Son père, Hervé Jetté, a réussi à racheter une terre près de Lachute mais il était pris avec deux hypothèques. Le déménagement de la ferme s’est terminé en novembre 1969.

Les travaux de construction de l’aéroport ont débuté en 1970 et ont été complétés en 1975.  L’innoguration officielle a eu lieu le 4 octobre 1975. Le premier choc pétrolier des années 70, la concurrence de l’aéroport Leaster B. Pearson à Toronto, le maintient des vol continentaux à l’aéroport Dorval et la non réalisation d’un lien ferroviaire entre Montréal et Mirabel  auront finalement scellé le sort de l’aéroport Mirabel.

Début de la démolition de l’aérogare (2017) En avant plan, Françoise Drapeau-Monette et Denise Beaudoin, codirectrices du projet de mémoire collective ExpropriationMirabel.org. / Photo: courtoisie

10 fois la superficie

Comme Ottawa avait acheté 10 fois la superficie nécessaire à la réalisation de l’aéroport et que le développement de son trafic aérien était compromis, le fédéral a revendu des terres au milieu des années 80. Des 97 000 acres, 80 000 acres ont été rétrocédés en 1985 et 11 000 autres en 2005.

« C’était à la valeur du marché moins 15%. Il n’y a pas d’exproprié qui a fait de bonnes affaires. Certains devaient se réendetter alors qu’ils n’avaient plus d’hypothèque en 1969 », explique Marcel Denis, fils de Rodolphe Denis.

La ligue des expropriés veut faire ériger un monument à St-Scholastique. Il sera conçu par l’artiste Armand Dagenais.

« Ils ont rajouté l’insulte à la l’injure quand ils ont donné le nom de Pierre Elliott Trudeau à l’aéroport de Dorval », fustige Marcel Denis.

Au Palais de justice de St-Jérôme, les expropriés sont venus avec leurs animaux lors d’une audition. / Photo: courtoisie

Ce que devait être Mirabel

Le gouvernement fédéral voyait gros pour l’aéroport de Mirabel en 1969. On prévoyait la construction de 6 aérogares et de 6 pistes. Il devait permettre 240 000 arrivés et départ par année.

Ottawa s’attendait a un achalandage de 10 millions de passagers en 1985 et de 40 millions de passagers en 2000.

L’aéroport qui a coûté 500 millions$ n’a jamais reçu plus de 2,5 millions de passagers par année.

L’aéroport devait remplacer le vieille aéroport Dorval et recevoir tous les vols à terme.

C’est en novembre 2004 qu’il a cessé de recevoir des passagers.

Ce qui a causé la chute de Mirabel

  • Le choc pétrolier des années 70.
  • La concurrence avec l’aéroport Leaster B. Pearson de Toronto.
  • Le déclin économique de Montréal à la fin des années 70 et pendant les années 80.
  • Les autoroutes 13 et 50 n’ont jamais été parachevées.
  • Le lien ferroviaire entre Montréal et l’aéroport de Mirabel n’a jamais été réalisé.
  • Un lobby actif et puissant qui voulait garder un aéroport près du centre-ville de Montréal

Révolté à 15 ans

Robert Huot avait 13 ans quand son père, Laurent Huot, a été exproprié.  L’expropriation l’a marqué à vie.

« Quand tu n’as même pas commencé ta vie d’adulte et que tu es révolté contre le gouvernement, ça fait dur. J’ai pris part à toutes les manifestations qui ont eu lieu après », dit-il.

Robert Huot. Photo: courtoisie

Ce dernier a vu le gouvernement mettre le feu à sa maison et aux granges pour les détruire. « Je ne l’ai jamais accepté. C’était notre maison d’enfance. Nos souvenirs partaient en fumée », fustige t-il.

Fin négociateur

Laurent Huot était agriculteur. Il perdait aussi son travail. Cependant, il a réussi a obtenir une concession du fédéral. « Ils ont acceptés qu’on puisse travailler sur le chantier de l’aéroport. Nous avons été plus chanceux que d’autres à ce niveau », précise t-il.

Cependant la famille Huot a pris part aux manifestations en soutien aux autres qui n’ont pas eu cette chance.

Ce dernier explique qu’ils ont encore de la difficulté à en parler en famille.

Vendre à perte

Le nombre d’expropriés était si grand que la plupart d’entre eux ont dû vendre leurs bêtes et leurs équipements à perte.

« Tu dois quitter ta terre, tu perds ton travail et tu dois tout vendre ce qu’il y a dessus. Quand les agriculteurs sont arrivés avec un surplus de tracteurs et de vaches à l’encan, les prix se sont effondrés », déplore Marcel Denis, qui habitait chez son père quand celui-ci a été exproprié.

L’homme de 69 qui habite à Mirabel s’implique dans le dossier depuis nombreuses années. Il estime que le fédéral doit non seulement s’excuser, mais dédommager les familles d’expropriés.

Il précise que le fédéral payait pour une terre, mais pas pour toutes les autres pertes. Et elles sont nombreuses, selon M. Denis.

« Cela a brisé des vies et des familles et y’a eu des suicides », dénonce-t-il.

Il se bat aussi pour que les derniers 850 acres qui appartiennent toujours au gouvernement soient rétrocédés aux familles des expropriés. « le dossier est loin d’être réglé », conclut-il.

Agriculteurs en loyer

Certains propriétaires terriens ont été plus chanceux que d’autres lors des expropriations de 1969, dont la famille de Sylvain Éthier. Son père agriculteur, Réjean Éthier, habitait à Saint-Benoît, à un peu moins d’une dizaine de kilomètres de l’aéroport. Ils ont pu conserver leur maison, mais en location.

« Ce n’était pas si simple, on ne pouvait pas faire ce qu’on voulait », déplore l’homme de 58 ans. Comme leur grange se désagrégeait d’année en année, ils ont voulu la rénover, mais le gouvernement a refusé.

« On devait abriter des bottes de foin pour nourrir le bétail et y abriter notre équipement », explique celui qui réside aujourd’hui à Mirabel.

Ce n’est qu’en 1985 qu’ils ont pu racheter leur terre et construire leur garage, qui était pourtant essentiel pour leur production agricole.

M. Éthier souhaite aussi des excuses d’Ottawa.

Il ne comprend toujours pas en 2019 pourquoi le gouvernement de l’époque avait acheté des terres sur une aussi grande superficie.

À lire aussi en page 4 et 5 du Journal de Montréal.

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